![]() | LES PIGMENTS D'ETERNITE Roman par Philippe Nonie 328 pages. Format 15,2 x 22,9 cm Prix : 20€. En vente en librairie. ISBN : 978-2-36651-028-7 Extrait : Paris - Jardin de la Roquette 16 septembre 2025 Florence froisse la lettre de rage. Des gouttes de sueur perlent à son front. En quelques instants, sa vie vient de basculer. La faute à cette lettre. Quelques minutes auparavant, Florence était chez le notaire. Elle dévisageait cet homme mince lui lire sur un ton fluide et monocorde le testament de son père. Tout se déroulait normalement : l’appartement, les produits financiers, la maison de montagne, les meubles, les tableaux de peintres. Jusqu’à ce codicille contenu dans une enveloppe postée vingt-cinq ans auparavant. Elle a reconnu aussitôt l’écriture de son père. Une enveloppe cachetée qu’il s’était envoyée à lui-même et n’avait jamais ouverte. Ses dernières volontés sont précises : le clerc de notaire doit ouvrir la lettre en sa présence et lui en dévoiler le contenu. En aucune façon, elle ne peut le faire elle-même. L’homme exécute scrupuleusement les conditions testamentaires de son client. Il lit et Florence sent progressivement le monde s’écrouler autour d’elle. Les deux dernières phrases. Je t’embrasse par-delà la mort. Ton père qui t’aime. Et le clerc de notaire s’arrête. Il jauge la réaction de sa cliente. Florence est en plein désarroi. Pourquoi une telle mise en scène ? Pourquoi a-t-il chargé cet homme de lui dévoiler le contenu de cette lettre ? Dans quel but ? - Ça va aller ? demande le clerc de notaire. Florence répond par un hochement de tête, avant de s’appuyer sur l’accoudoir pour retrouver une contenance, un instant égarée. Avec les paumes de ses mains, elle frotte vigoureusement ses yeux comme une personne qui passerait brusquement de l’obscurité à la lumière. - Je pourrais avoir un verre d’eau, je vous prie ? - Oui, bien sûr, répond l’homme, compatissant devant un tel désarroi. Je vais demander qu’on vous en apporte un. Il saisit le combiné, appelle une secrétaire puis jette à
nouveau un coup d’œil à ce qu’il vient de lire. Lui-même reste abasourdi par
cette partie du testament. Il pense tout d’abord à une douce plaisanterie.
C’est la première fois lors d’un testament qu’il est confronté à un texte aussi
loufoque. En quinze ans d’ancienneté, il en a pourtant vu. Mais là, ça dépasse
l’entendement. Habituellement, il faut bien le dire, les évènements se déroulent de manière beaucoup plus feutrée et les surprises ne sont pas de cet ordre. Elles relèvent plus de l’étonnement d’un client de ne pas voir son nom couché à l’endroit où il pensait qu’il aurait dû se trouver. Là, c’est le chemin inverse que sa cliente a effectué. C’est elle, la destinataire de cette lettre, et il sent bien qu’elle aurait préféré que ce ne soit pas le cas. Le clerc de notaire se doute bien que, vu l’énormité du contenu, le rédacteur n’a jamais évoqué avec sa cliente ce que celle-ci vient de découvrir. Le choc a tous les ingrédients d’un traumatisme majeur. Pour Florence, tout ceci n’est qu’un cauchemar, une mauvaise farce. Elle se pince discrètement le bras gauche et prend conscience qu’elle ne peut plus se réveiller. La journée avait pourtant bien commencé et promettait d’être belle. |

